Sara LlorensDocteure en psychologie, spécialiste du TOCÉcrivez-moi

Article original : Dr Sara Llorens, traduit avec l’IA.Lire l’original en espagnol

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Intention paradoxale ou arrêt de la pensée ?

Reporter les ruminations ou tenter de les supprimer : pourquoi l'intention paradoxale peut aider dans le TOC et l'anxiété, et l'arrêt de la pensée échoue.

3 min de lectureDr Sara Llorens

Il y a quelque temps, je vous ai parlé d’une stratégie thérapeutique appelée intention paradoxale (IP) mais, si je me souviens bien, je n’ai jamais écrit sur l’arrêt de la pensée (AP). Toutes deux ont, en principe, été utilisées pour traiter les obsessions ou les ruminations. Quand je parle d’obsessions ou de ruminations, je ne pense pas seulement au trouble obsessionnel-compulsif (TOC), un habitué de ces articles, mais aux ruminations en général : ces pensées qui arrivent en spirale, que je ressasse sans arrêt, qui me causent du mal-être et qui ne débouchent jamais sur une conclusion ou une solution durable. Et qui, en plus, perturbent tout ce que je suis en train de faire. Ce sont celles-là dont je parle.

Eh bien, j’utilise l’IP comme une stratégie parmi d’autres, selon les cas. Jamais comme stratégie principale. L’IP donne généralement de bons résultats, mais pas chez tous les patients, et elle doit s’accompagner d’autres stratégies principales (exposition, expériences comportementales, dialogue socratique…). Je vous rappelle que l’objectif de l’IP est de reporter les pensées, non de les supprimer. Autrement dit : « D’accord, je m’autorise à ressasser le sujet, mais plus tard, à l’heure que je me suis réservée pour cela. » Cela me permet, d’une part, de me concentrer sur ce que je fais à ce moment-là et, d’autre part, de constater que, la plupart du temps, ce qui me semblait urgent cesse de l’être au bout de quelques heures.

Je l’utilise dans le TOC, dans le trouble anxieux généralisé, chez des personnes qui ont simplement un niveau d’anxiété élevé à propos d’un ou de plusieurs sujets précis…

Une précision sur le nom : ce que je viens de décrire (m’autoriser à m’inquiéter, mais plus tard, à un moment de la journée réservé à cela) s’appelle plus exactement le report des inquiétudes (ou « temps d’inquiétude »). L’intention paradoxale au sens strict, celle que proposait Viktor Frankl, est une autre technique : elle consiste à rechercher délibérément, voire à souhaiter de façon exagérée, ce que l’on redoute, au lieu de chercher à l’éviter. Dans cet article, je garde le terme « IP » que j’employais jusqu’ici, mais sachez que la technique dont je vous parle est le report des inquiétudes.

L’AP, c’est une autre histoire. Je ne l’utilise jamais, car c’est une stratégie qu’on considérait autrefois comme efficace mais dont on a vu, avec le temps et les recherches, qu’elle ne l’était pas. L’AP repose sur la suppression (et non le report) des pensées négatives ou anxiogènes. Autrement dit, m’obliger à ne pas penser à ce qui me cause du mal-être. On associe une pensée négative à une petite punition (l’exemple typique est l’élastique au poignet que l’on fait claquer chaque fois que surgit la pensée à éliminer), dans le but de réduire peu à peu l’apparition de cette pensée (du conditionnement opérant pur et dur). Cela ne fonctionne généralement pas, car il a été démontré que, lorsque nous essayons de supprimer des pensées qui nous angoissent, elles reviennent avec plus de force. Le cerveau nous répond en quelque sorte : « Vous n’en voulez pas ? Eh bien, en voilà le double ! » L’exemple classique de cet effet rebond est le suivant : « Pendant une heure, vous n’avez pas le droit de penser à un ours blanc. Pensez à l’animal, à l’objet ou à la personne de votre choix, à tout ce qui vous vient à l’esprit. Sauf à un ours blanc. » Avec ce que je vous ai expliqué, vous devinez ce qui va se passer.

La différence entre les deux est-elle si grande ? Oui, car l’une retarde le moment et l’autre tente de le supprimer. La première est difficile, mais la seconde l’est encore plus, car elle suppose d’avoir quelque chose que l’être humain n’a pas : le contrôle total de ses pensées. Nous en avons déjà parlé : contrôler notre esprit est une illusion (et de nombreux troubles découlent de cette illusion), surtout lorsque nous sommes dans un état anxieux, car nous sommes alors plus vulnérables : nos ressources cognitives diminuent (temporairement) à cause de l’anxiété, ou nous les utilisons simplement mal. Alors, si une personne sans aucun problème psychologique échouera déjà en essayant de contrôler à 100 % ce qui lui passe par la tête, imaginez une personne ayant un problème, en situation de vulnérabilité.

Conclusion : les stratégies visant à supprimer ou à éliminer les pensées dans les états anxieux ne nous seront d’aucune utilité et ne feront que frustrer encore davantage le patient. Prenons-en bonne note.