Sara LlorensDocteure en psychologie, spécialiste du TOCÉcrivez-moi

Article original : Dr Sara Llorens, traduit avec l’IA.Lire l’original en espagnol

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La culpabilité

La culpabilité saine pousse à réparer ; la culpabilité irrationnelle devient un fardeau inutile qui bloque. Quand elle apparaît et comment la travailler.

4 min de lectureDr Sara Llorens

Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises des différences entre les émotions de base, ou primaires, et les émotions complexes, ou secondaires. La culpabilité fait partie du second groupe, et c’est à elle que nous allons consacrer cet article.

La culpabilité apparaît quand nous faisons ou disons quelque chose qui, d’une manière ou d’une autre, va à l’encontre de notre morale, de nos principes et/ou des règles sociales de la culture dans laquelle nous vivons. Le remords et le malaise sont plus forts si les conséquences blessent des personnes importantes dans notre vie. Bien qu’on la considère comme une émotion négative parce qu’elle nous fait nous sentir mal, comme toutes les émotions, la culpabilité a une fonction chez l’être humain et, lorsqu’elle est vécue sainement, c’est une émotion qui nous motive et nous pousse à réparer les torts causés, que ce soit par des excuses, un aveu, une aide pour améliorer une situation…

La culpabilité nous aide aussi à réfléchir sur nous-mêmes, sur notre morale, sur où nous en sommes à cet égard, sur la direction que nous voulons donner à nos pas…

Et puis il y a la culpabilité d’origine irrationnelle, mal gérée et inutile ; je dis « inutile » parce qu’elle ne remplit plus sa fonction. Bref, un poids en trop. Dans quels cas cela se produit-il ?

  • Certaines personnes ont une tendance naturelle à se sentir coupables de tout, à tort ou à raison. Ce sont souvent des personnes qui ont une faible estime d’elles-mêmes, peu sûres d’elles et peu affirmées, qui ont tendance à se sentir responsables des conséquences négatives des situations sans que rien ne le justifie ou, si c’est justifié, à s’en sentir responsables de manière exagérée et nuisible. L’origine de la culpabilité est souvent irrationnelle car, en toute logique, personne ne peut être responsable de tout ce qui tourne mal 100 % du temps, et c’est facile à vérifier quand on parle avec le patient, qu’on décortique la situation et qu’on met à l’épreuve son interprétation de ce qui s’est passé.
  • La culpabilité mal gérée s’auto-entretient à travers une série de croyances irrationnelles (schémas de vie, façons de voir le monde que chacun de nous a et avec lesquelles nous avons grandi) et de pensées automatiques négatives. Ce sont elles qui nourrissent la culpabilité pour qu’elle pèse de plus en plus lourd et dure dans le temps. On se rend rarement compte de ce qu’on fait, puisqu’on a été éduqué dans cette façon de penser : on la vit comme quelque chose de « naturel », non irrationnel, et on ne réalise donc pas à quel point elle contribue à notre souffrance.

À ce cercle vicieux de la culpabilité s’ajoute le fait que la personne :

  1. Soit n’ose rien faire pour changer la situation.
  2. Soit ne peut rien faire parce qu’elle se sent coupable d’une situation qui échappe à son contrôle. Cela ne dépend pas d’elle. Culpabilité d’origine irrationnelle.
  3. Soit a déjà mené une ou plusieurs actions pour résoudre la situation, mais elles n’ont pas donné les résultats escomptés, et elle continue malgré tout à se sentir coupable.

Dans tous les cas, on se retrouve face à la même situation : un blocage, une impasse. Et il faut ajouter que la personne vit la culpabilité comme un véritable supplice.

Comment travailler la culpabilité ?

Ici, la culpabilité cesse d’être une émotion qui a une fonction pour devenir un fardeau inutile et dénué de sens. Alors, qu’en faire ? Comment travailler la culpabilité dans chacune de ces situations ?

  1. Dans le premier cas, il s’agira de motiver la personne à passer à l’action pour résoudre la situation et essayer de réparer les torts si c’est possible. Selon le cas, on entraînera d’abord la personne à la prise de décision, aux compétences sociales… Mais l’objectif final sera toujours de mener une action réparatrice.
  2. Dans le deuxième cas, il s’agit plutôt de travailler sur le plan cognitif les pensées et les idées irrationnelles qui amènent la personne à se sentir coupable sans raison de quelque chose qui ne dépend pas d’elle. La surestimation de la responsabilité, si caractéristique du TOC mais présente chez beaucoup de personnes qui n’en souffrent pas, sera un point clé à travailler ici.
  3. Dans le troisième cas, ce sera aussi un travail cognitif, mais cette fois davantage centré sur l’augmentation de la tolérance à la frustration du patient. Il faut l’aider, comme on dirait familièrement, à « tourner la page ».

À mon avis, la situation « la plus facile » (la moins mauvaise des mauvaises) est la première, celle où l’on travaille à provoquer un changement dans le contexte. Je trouve les deux autres plus compliquées, car le travail cognitif implique de s’attaquer à des idées très ancrées. J’ajouterais que, du moins d’après mon expérience en cabinet, les gens ne viennent jamais avec pour objectif principal de mieux gérer leur culpabilité : c’est quelque chose qui apparaît plus tard, et dont l’importance dans le problème principal (celui pour lequel la personne consulte) se révèle au fil des séances. C’est alors que naît l’intérêt de la travailler.