Sara LlorensDocteure en psychologie, spécialiste du TOCÉcrivez-moi

Article original : Dr Sara Llorens, traduit avec l’IA.Lire l’original en espagnol

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Notre troisième cerveau : le cœur

Le cœur possède ses propres neurones et dialogue avec le cerveau via le nerf vague. Ce que disent les études sur la cohérence cœur-cerveau.

5 min de lectureDr Sara Llorens

L’estomac (en réalité, tout le tube digestif) est considéré comme notre « deuxième cerveau » : il contient des neurones qui agissent indépendamment de ceux du cerveau.

Notre tube digestif abrite ni plus ni moins que 90 % de la sérotonine de notre organisme. Quand notre cerveau libère de la sérotonine, nous ressentons du bonheur et du bien-être. Mais cette substance régule aussi la faim et la satiété, d’où sa forte présence dans les intestins. Le cerveau et le tube digestif communiquent dans les deux sens par le nerf vague : ce qui se passe dans l’un affecte l’autre, et inversement. Autrement dit, ce que vous mangez, la façon dont votre intestin le digère, jusqu’au type de flore intestinale de votre organisme… tout cela constitue des informations qui parviennent à vos neurones cérébraux, lesquels en sont affectés et renvoient à leur tour des informations à vos intestins. Quand on parle d’avoir « des papillons dans le ventre », « l’estomac noué » ou de « faire dans son froc » de peur, ce ne sont pas que des expressions toutes faites : elles traduisent une réalité physiologique. Mon cerveau envoie des signaux à mon estomac pour augmenter ou diminuer la motricité intestinale, ce qui provoque ces sensations.

Mais aujourd’hui, je ne veux pas vous parler de notre deuxième cerveau, mais du troisième : notre cœur. Le cœur abrite environ 40 000 neurones et il est lui aussi relié au cerveau, dans les deux sens, par le nerf vague. On sait que le cœur ne se contente pas de recevoir des ordres du cerveau : il lui envoie aussi beaucoup d’informations, et une bonne partie des fibres nerveuses qui les relient vont du cœur vers le cerveau. Certains chercheurs (notamment ceux du HeartMath Institute, aux États-Unis) décrivent quatre voies de communication qui vont du cœur au cerveau et l’influencent :

  • Communication neurologique par influx nerveux. Le cœur peut inhiber ou activer certaines zones du cerveau, influençant ainsi la façon dont nous traitons les informations qui nous entourent et, par conséquent, nos réactions.

  • Communication biochimique par les hormones et les neurotransmetteurs. Par exemple, le cœur peut produire et libérer de l’ocytocine (« l’hormone de l’amour ») ou le peptide natriurétique auriculaire, une hormone qui aide à réguler la pression artérielle.

  • Communication biophysique par les ondes de pression. Le cœur envoie des messages au cerveau et au reste du corps à travers le rythme cardiaque et ses variations (variabilité cardiaque).

  • Communication électromagnétique. Le cœur génère le champ électromagnétique le plus intense de tout l’organisme (bien plus que celui du cerveau), et on peut le détecter à une certaine distance du corps avec des appareils très sensibles. Selon ces chercheurs, quand nous avons peur ou sommes stressés, le rythme du cœur devient plus chaotique, et ils avancent que son champ électromagnétique pourrait influencer l’activité cérébrale. C’est une hypothèse intéressante, mais cette voie de communication reste pour l’instant peu démontrée.

Certains de ces auteurs vont plus loin et proposent que nous traitions les informations qui nous entourent d’abord par le cœur, puis au niveau cérébral, mais la recherche n’a pas encore confirmé cette idée.

Il semble que le rythme cardiaque forme des ondes amples et stables quand nous avons des pensées positives et une bonne régulation émotionnelle. En revanche, il devient plus chaotique quand nos pensées sont négatives et que nous éprouvons des émotions négatives. Ce qui est frappant, c’est que, selon ces chercheurs, l’un comme l’autre de ces rythmes modifierait les ondes cérébrales, qui tendraient à se synchroniser avec lui.

Une autre idée très intéressante (du moins à mes yeux) avancée par certains auteurs est que les informations traitées par le cœur ne tiendraient pas compte de nos souvenirs : la perception de la réalité par le cœur serait donc moins déformée par nos expériences passées, et le cœur fournirait au cerveau des informations sur l’environnement à d’autres niveaux. C’est une hypothèse séduisante, mais à ce jour aucune étude ne l’a démontrée.

Autre donnée intéressante : des études associent une variabilité cardiaque élevée (et non une fréquence cardiaque élevée) à de meilleurs niveaux de concentration, de mémoire, de fluidité verbale et de compétences émotionnelles et cognitives en général. Il semble que, quand nous nous réjouissons, la variabilité cardiaque augmente. Des études scientifiques ont d’ailleurs montré que des maladies comme Alzheimer sont associées à une faible variabilité. Cependant, on a aussi décrit que, chez des moines tibétains experts en méditation, la connexion cerveau-cœur diminuait pendant la pratique, comme si le cœur cherchait à faire taire le cerveau pendant la méditation. Alors ? Il faut rechercher ce que l’on appelle la cohérence cœur-cerveau, qui, selon certains auteurs, permettrait l’expression maximale de notre potentiel émotionnel, cognitif et biologique (un concept séduisant, mais encore à l’étude). Pratiquer la gratitude, la simplicité, la patience, la pleine conscience et l’introspection sont de bons moyens de s’approcher de cette cohérence.

Une autre étude, menée par des chercheurs de l’université de Cambridge auprès de traders d’une salle de marchés londonienne (Kandasamy et ses collègues, 2016, publiée dans Scientific Reports), a observé que ceux qui percevaient le mieux leurs propres battements cardiaques gagnaient davantage d’argent et restaient plus longtemps dans le métier. Cela pourrait indiquer que les signaux du cœur apportent des informations utiles au moment de prendre des décisions, sans pour autant que le cœur « connaisse » l’issue à l’avance. Dans la lignée de cette étude, les spécialistes envisagent l’hypothèse que les personnes ayant une bonne intéroception (notre capacité à écouter les signaux que nous envoie notre corps) pourraient prendre de meilleures décisions que celles dont l’intéroception est faible, puisque les premières seraient plus à même d’écouter les battements de leur cœur. Là encore, la pleine conscience serait une pratique très utile pour développer notre capacité intéroceptive. De nombreuses études scientifiques associent la pratique de la pleine conscience à une baisse du stress, à un plus grand bien-être, à une meilleure gestion des émotions… et à bien d’autres bienfaits.

Par ailleurs, autre donnée intéressante en lien avec tout ce qui précède : parfois, notre cerveau « s’éteint », il se déconnecte pendant quelques millisecondes. C’est ce qu’on appelle le « clignement attentionnel » : quand nous devons détecter deux stimuli très rapprochés, le second nous échappe souvent. Certains auteurs ont relié ces « absences » à la communication entre le cerveau et le cœur, mais rien ne démontre qu’elles soient dues à une déconnexion entre les deux. Ce que plusieurs études ont en revanche observé, c’est que ce que nous percevons et retenons varie selon le moment du battement cardiaque où un stimulus nous parvient. Autrement dit, la communication entre le cerveau et le cœur semble aussi influencer notre perception du monde qui nous entoure.

Voici un petit résumé de quelques-unes des études et hypothèses (certaines encore à confirmer) avancées en neurosciences ces dernières années, qui expliquent pourquoi le cœur, longtemps considéré comme une simple pompe, est désormais dans le viseur des neuroscientifiques du monde entier.

Le sujet me passionne, alors nous en reparlerons très bientôt…